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Jeu des citrons
Article : Déboires aéroportuaires libyens
#halteauxpréjugés
1
29 décembre 2014

Déboires aéroportuaires libyens

Au tableau d’affichage de l’aéroport de Tunis-Carthage, Tripoli a disparu, mais deux nouvelles destinations ont fait leur apparition : Tobrouk et Labrag. « Tonton, Tobrouk, c’est en Libye, mais Labrag, c’est où ? »Une voix se fait entendre : « Labrag, c’est en Libye, je viens de là-bas. » Décryptage.

Airbus A320 de Libyan Airlines ©Wikimedia Commons

En Tunisie, nous avons fini par croire qu’il n’y avait qu’un seul aéroport libyen, celui de Tripoli, mais il semblerait qu’il y en ait d’autres, dispersés dans tout le pays. Ces terrains d’atterrissage qui bien qu’étant équipés pour les vols internationaux, ont été cantonnés au rôle d’aéroports intérieurs pendant le règne de Mouammar Kadhafi. Le départ et l’arrivée vers l’international étaient ainsi contrôlés par une seule porte de sortie.

Depuis la révolution libyenne, nous avons vu les aéroports de Sebha et de Benina côtoyer Tripoli dans les destinations de compagnies aériennes tunisiennes. Soirée du 28 décembre  2014– il est 23 h 50 – à l’aéroport de Tunis-Carthage, Tripoli, dont l’aéroport a été bombardé cet été, est tout simplement absente. Et, seule la compagnie Libyan Airlines dessert le pays, par deux villes orientales Tobrouk, au nord, à la frontière égyptienne, et Al Bayda, qui accueille l’aéroport désormais international de Labrag.

Tableau d'affichage à l'aéroport de Tunis-Carthage. ©Limoune
Tableau d’affichage à l’aéroport de Tunis-Carthage. ©Limoune

Les yeux fixés sur l’écran, je ne l’avais pas aperçu. Assis devant sa valise portant son nom, Mohammed Abdallah el Fatah était la voix qui m’avait répondue. Sur ses genoux, son fils était endormi ; sa femme, à sa droite, était assoupie sur le siège avec leur deuxième fils dans les bras.

A présent installé à nos côtés, Mohammed Abdallah el Fatah, après avoir expliqué avec calme, dérision, amour et déception la situation de sa région, revient sur les raisons de son attente sans fin devant le tableau d’affichage de l’aéroport. Leur avion a un retard, il n’arrivera que le lendemain matin. La famille passera donc la nuit dans les couloirs de l’aéroport. La compagnie libyenne, dont la flotte, cible d’attaques de milices, se composait l’an dernier de huit Airbus A320, n’en dispose plus que de deux.

« Les pilotes n’ont pas le choix, quand il y a une menace, ils ne procèdent pas au décollage et attendent. Et, quand on n’a plus que deux avions pour lier Tunis, Tobrouk, Lubrag; mais aussi parfois la Turquie et l’Egypte, les retards s’accumulent et nous n’avons plus aucun avion qui arrive à l’heure. » Mohammed Abdallah el Fatah nous montre sa carte professionnelle, il est pilote de la compagnie Libyan Airlines, et a lui aussi été victime de pression, avant de se mettre en arrêt. « Quand on est attaqué, la vie des passagers passe avant les retards de la compagnie, nous ne décollons qu’en étant sûrs d’être en sécurité », témoigne-t-il.

Nos proches, que nous venons récupérer à l’aéroport, nous appellent. Ils viennent de récupérer leurs bagages. Nous souhaitons bon courage et nous saluons avec entrain Mohammed qui reprend place auprès des siens. « On avait un Kadhafi, mais depuis qu’il est tombé, nous en avons découvert une quarantaine. », lance-t-il en replaçant la tête de son fils sur ses genoux et en esquissant un dernier sourire.

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Article : Parole aux abstentionnistes
#halteauxpréjugés
0
22 décembre 2014

Parole aux abstentionnistes

Leurs doigts ne sont pas marqués par l’encre bleue indélébile qui recouvre l’index de tout électeur tunisien. Quand on croise une de ces mains vierges, on s’empresse d’éveiller en elle un semblant de remords à coups de reproche, du type  « t’es pas un citoyen, toi ! ou bien, ce sera de ta faute ». Même la question « ti a3lech [mais pourquoi] »– l’accent tunisien aussi tonique qu’accusateur a ici toute son importance – sonne comme un reproche moralisateur.

« Là, comme ça, tu ne fais plus partie du groupe. Tu ne participes pas avec le peuple ». Cet acte individuel, pointé du doigt – tiens, il était bleu celui-ci – dans le tramway de la capitale ce midi, n’est pas un acte isolé.

©TSA
©TSA

Un taux de participation de 53 %

Je m’abstiens, tu t’abstiens, il s’abstient, elle s’abstient, 47 % de la population tunisienne s’abstient. Chaque pronom personnel a un âge différent et à eux quatre, ils représentent les générations en âge de voter.

Tu et Elle s’expriment. « Je ne veux ni d’Essebsi ni de Marzouki comme président, donc peu m’importe », explique Elle. « Tu veux que je te dise quelque chose d’important », s’insurge Tu, « voter Béji Caid Essebsi, c’est dire adieu aux terroristes, mais renoncer à quelques libertés. Voter Moncef Marzouki, c’est continuer à vivre avec le terrorisme sur le territoire, et nos libertés actuelles. Je ne peux pas choisir entre la sécurité ou la liberté. »

« Au premier tour, j’ai participé parce que je voulais voter pour Hamma. Cette fois-ci, je ne veux pas. Je ne veux pas faire barrage contre l’un et puis, regretter d’avoir voté pour l’autre », poursuit Elle. Hier, Tu hésitait encore entre l’abstention et le vote blanc. Quel qu’ait été son choix, il n’a pas été pris en compte. Et pourtant, il semble y avoir trois votes dans cette élection présidentielle : le vote pour Béji Caïd Essebsi, celui pour Moncef Marzouki, et l’autre vote à respecter autant que les deux précédents.

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Article : Egypte : une fermeture d’association symptomatique de la lutte contre la société civile
Saudade - Ya Hasra
6
12 décembre 2014

Egypte : une fermeture d’association symptomatique de la lutte contre la société civile

Depuis l’élection présidentielle du maréchal Sissi en Égypte, l’étau se resserre de plus en plus sur les manifestants, les étudiants, mais aussi les associations. On s’est d’abord attaqué aux associations identifiées comme appartenant aux « ennemis intérieurs » de la nation, à savoir les Frères musulmans, puis à celles soupçonnées d’être liées aux Frères musulmans, puis on s’est mis à créer de nouveaux « ennemis intérieurs » en usant de la mention « menace à l’unité nationale » à tout-va.

Saisies et poursuites judiciaires sont désormais à craindre depuis juillet 2014 si les organisations non gouvernementales ne s’enregistrent pas auprès des autorités, ce qui permet de filtrer les associations en droit de continuer d’exercer ou non. L’association culturelle Alwan wa Awtar [Des crayons et des cordes] dans le quartier populaire de Zelzel au Moqattam semblait pouvoir s’en tirer sans blessure, car enregistrée auprès du ministère de la Solidarité sociale et exerçant depuis huit ans. Cette association s’occupe des enfants, des adolescents, et depuis trois ans de la petite enfance avec l’ouverture d’une classe maternelle Montessori aux frais symboliques. Et pourtant, elle a, elle aussi, été la proie d’un gouvernement autocratique de plus en plus paranoïaque.

Locaux de l'association Alwan wa Awtar
Locaux de l’association Alwan wa Awtar

Retour sur une fermeture orchestrée

Juin 2014. Nous revenons d’une sortie à la cité scientifique avec les enfants de la classe Montessori. Ils descendent du bus et retrouvent leurs parents qui arrivent avec des nouvelles peu réjouissantes. Dans la matinée, le représentant gouvernemental du Moqattam est venu dans les locaux de l’association, visiter les lieux et annoncer une ouverture d’enquête, suite à une plainte « factice ». Quatre chefs d’inculpation reposent sur Alwan wa Awtar : attouchements sur enfants, financement étranger et israélien, propagande politique et construction illégale. Seule la dernière accusation est véridique, puisqu’un escalier de sept marches a été construit pour permettre aux enfants de trois à six ans de rentrer dans leur classe sans passer par le hall de l’immeuble. Mais depuis quand l’administration égyptienne qui laisse pousser des constructions illégales d’immeubles à gros budget dans la ville du Caire est-elle devenue si regardante quant à la légalité de quelques marches dans un quartier délaissé par les pouvoirs publics ? La fermeture provisoire de l’association est prononcée, en attendant les avancées de l’enquête.

Dans la classe Montessori de l'association
Dans la classe Montessori de l’association

Août 2014, l’association Alwan wa Awtar est priée de plier bagages « as the buildings are reserved for low-income housing and can not be used for activities ». Une dizaine de jeunes perdent leurs emplois et des centaines d’enfants du quartier de Zelzel perdent leur principal lieu d’activité. Depuis, les parents ont lancé une pétition, la fondatrice de l’association Azza Kamel a reçu le prix Takreem pour l’innovation dans l’éducation; et parce qu’elle souhaite reprendre ses activités, elle devra enregistrer l’association avec un nouveau siège social auprès des autorités. Mais retour au début de cet article et au texte de la fédération internationale des droits de l’homme, « le ministère de la Solidarité sociale pourrait s’y opposer dans les 60 jours au motif que les activités prévues seraient interdites par la loi. Les activités interdites sont décrites à l’aide de concepts vagues, tels que « menacer l’unité nationale ou contrevenir à l’ordre public ou à la moralité », ou encore « s’engager dans n’importe quelle activité politique » ».

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Article : Un cinéma tout aussi africain que nous
#halteauxpréjugés
15
3 décembre 2014

Un cinéma tout aussi africain que nous

A l’occasion de la 25e édition des Journées cinématographiques de Carthage (JCC), lancées en 1966 par Tahar Cheriaa, je me suis rendue cet après-midi à la maison de la culture Ibn Rachiq afin de voir le film sénégalais de Dyana Gaye Des étoiles. Bien que j’aurais souhaité que le film fasse salle comble comme ce fut le cas pour L’Oranais de l’Algérien Lyas Salem  deux heures plus tôt au cinéma Colissée, j’étais plutôt ravie de voir une cinquantaine de spectateurs africains – et qui plus est tunisiens – dans la salle.

Des etoiles_0x

Chaque instant de mon quotidien est une occasion de découvrir des aspects des humains qui m’entourent dans ce pays que certains se sont mépris d’appeler le « Paris africain ». Par ce post, l’idée n’est pas de généraliser une attitude observée chez plusieurs Tunisiens dans une salle de cinéma, mais de pousser un coup de gueule à l’encontre d’un comportement qui se veut de plus en plus blid [mesquin].

Des étoiles, film à la fois poétique, dramatique et drôle emporte les spectateurs dans une constellation de l’exil entre Turin, New York et Dakar. Les touches humoristiques du film font la joie des spectateurs qui éclatent de rire en entendant le franc-parler d’une Ivoirienne immigrée ou en appréciant les vannes bien calibrées de Sophie, la timorée sénégalaise perdue à Turin… L’humour prend parfois des allures universelles et touche les spectateurs, quel que soit le côté du Sahara duquel ils viennent.

En revanche, quand on demande à Thierno, Américano-Sénégalais ce qui l’a marqué en arrivant à Dakar, un tuniso-spectateur, qui n’a probablement jamais mis un pied de l’autre côté du Sahara et qui devrait regarder les rues de sa ville, précède l’acteur et hurle « lousakh [la saleté] » et une bonne partie de la salle se met à pouffer de rire, l’humour peut aussi se parer de son costume chauvin. Thierno vient à la rescousse de mes compatriotes et répond « les odeurs », ce qui ravit les comiques de la salle.

Pendant l’enterrement du père de Thierno à Dakar, les sages, réunis dans le cimetière, se mettent à psalmodier La illah ila Allah [Il n’y a de Dieu que Allah] avec bien évidemment un accent wolof. Et, comme si les Arabes avaient le monopole de la psalmodie du Coran, les rires fusent dans la salle. Certains des spectateurs de la rangée devant moi se bouchent le nez, d’autres se cachent derrière leur veste et les plus fiers assument pleinement leurs rires mesquin.

Mais, le pire reste à venir quand lors d’un gros plan sur Abdoulaye, immigré sénégalais à New York, les commentaires se multiplient sur son « gros » nez et ses lèvres « imposantes ». Si le film ne vous plaît pas ou insulte votre tolérance, veuillez sortir de la salle et ayez un minimum de respect pour l’humanité, l’Afrique, la culture et le cinéma.

Il ne suffit pas de s’offusquer ou de crier au mensonge face au propos de Mariame Touré dans sa lettre aux Tunisiens sur le racisme ordinaire en Tunisie pour dire non au racisme. Tahar Cheriaa, symbole du cinéma africain et arabe a toujours prôné son panafricanisme, et a fait des JCC le premier festival africain non pas pour analyser la morphologie des Sub-Sahariens à l’écran, mais pour entamer un vrai dialogue entre les cultures des deux côtés du Sahara.

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Article : Place Tahrir, la DéroBée
#halteauxpréjugés
7
27 novembre 2013

Place Tahrir, la DéroBée

J’ai connu la place Tahrir bruyante, grouillante de monde. La place Tahrir inspirée et animée. La place Tahrir désillusionnée et fatiguée. Je regarde depuis peu la place Tahrir désaffectée, droguée aux anxiolytiques.

Tahrir, desafecté. © Limoune
Tahrir, désaffectée. © Limoune

J’attendais sagement que la place de la Libération (Tahrir en arabe) soit libérée, soit rendue à l’espace public. Chaque soir, j’espérais que le métro s’arrête au cœur du centre-ville pour desservir la station Sadate, fermée depuis trois mois, qui mène à la place Tahrir.

Hier, l’évidence m’a frappée. La sortie de la station voisine Nasser qui mène à la cour de justice est chaque jour un peu plus militarisée. Chaque parcelle de l’espace public occupée par un char est une parcelle dérobée aux passants.

Hier, la première manifestation dans le centre qui fait suite à l’application de la nouvelle loi sur les rassemblements se déroulait à quelques mètres. Cette loi qui oblige tout organisateur à informer les autorités d’un rassemblement trois jours avant sa tenue permet au ministère de l’Intérieur de l’interdire s’il estime que cela représente une « menace pour la sécurité ».

Hier, les manifestants ont occupé la place Talaat el-Harb, bien plus petite que sa voisine Tahrir. Les manifestants n’étaient pas des Frères musulmans et quand bien même, ils l’auraient été, l’idée n’est pas de tolérer une violence injustifiable, mais de réfuter une idée reçue et relayée par bien des médias « tout rassemblement en Egypte serait lié aux Frères musulmans ». Ceux qui étaient présents hier s’unissaient autour de la campagne « Non aux procès militaires », pour dénonce le maintien d’un article dans la future Constitution autorisant les procès civils devant des tribunaux militaires.

Hier, depuis la place Tahrir, l’armée a lâché des mètres cubes de gaz lacrymogènes, avant de venir disperser le rassemblement pacifique.

Hier, j’ai compris que l’armée et son général ne comptaient pas diminuer la dose d’anxiolytiques administrée à Tahrir. Qu’ils ne rendraient pas la place qui les a menés au pouvoir, quelques mois plus tôt.

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Article : Voyager, seule et libre
Liberté de circuler
9
28 octobre 2013

Voyager, seule et libre

Une nouvelle chronique aéroportuaire. Du côté tunisien, cette fois où depuis cet été les citoyennes sont officieusement invitées à présenter une autorisation paternelle ou maritale de sortie du territoire. Après témoignages, rumeurs, démentis et silence, mon tour est venu, suite à un aller-retour Le Caire-Tunis, de joindre ma voix à cette cacophonie hésitante.

Autorisation parentale © Limoune
Autorisation parentale  © Limoune

Août 2013. Plusieurs témoignages dans la presse relaient le cas de Tunisiennes majeures bloquées à l’aéroport en raison de l’absence d’autorisation parentale ou maritale. Ce que j’ai d’abord pris pour du zèle d’un douanier s’est très vite confirmé par la récurrence des épisodes similaires qui ont finalement également touché la gente masculine en partance pour l’Égypte, le Maroc, la Jordanie, la Syrie et la Turquie.

C’est ainsi que mon cousin, à défaut d’avoir une femme dont on se serait peu soucié de son autorisation, a dû emmener son père à l’aéroport pour rejoindre le Maroc. Ce mois-ci, des amies ont également dû remettre à l’officier leur autorisation parentale ou maritale avant de s’envoler vers la Turquie. Si mes proches ont été prévoyants, ce n’est pas parce que les responsables politiques ont fait preuve de transparence, mais parce que l’agence touristique, alertée par ses voyageurs, les a invités à le faire.

Cette procédure qui n’a jusqu’aujourd’hui été officialisée est justifiée par le départ au djihad de citoyens tunisiens aux côtés de combattants syriens. Punition collective intempestive, ladite autorisation permet alors de filtrer les éventuelles sorties à risque vers la Syrie, ses pays limitrophes, le Maroc et l’Égypte.

Manque de pot, c’est dans ce dernier pays que j’étudie ! Alertée par mon cousin que la mesure puisse encore être d’actualité, j’envoie mon père vers les autorités adéquates pour remplir l’autorisation officielle. Quand l’agent lui demande l’âge de sa fille, très vite, il se rend compte que je suis majeure. Il appelle donc son supérieur qui lui fait comprendre qu’il se sent insulté par cette demande. Mon père lui explique qu’il aurait aimé ne pas venir remplir ce document l’obligeant à faire de la route, mais qui le met surtout face à une situation qui lui est insupportable.  Le supérieur refusera de signer ladite autorisation.

Munie de mon autorisation d’une valeur inachevée, je présente mon billet et mon passeport à la police des frontières. S’en suit une série de questions allant de la plus pratique à la plus intime et pour mettre fin à cet interrogatoire qui n’a pas lieu d’être, je dépose mon autorisation, dans laquelle sont inscrits en lettres capitales les mots SEULE et LIBRE. Après l’avoir lu, elle m’annonce, troublée, que « c’est fini ».

Quoi donc ? L’interrogatoire, l’autorisation pour les majeurs ? « C’est bon », répondra-t-elle en me rendant passeport et billet. Je me contenterai de cette phrase sans vraiment comprendre pourquoi l’agence de voyages continue de demander aux voyageuses de se présenter avec ladite autorisation, sans vraiment comprendre pourquoi le jour même mes amies ont été invitées, de manière non détournée, à présenter leur autorisation, sans vraiment comprendre pourquoi l’autorité locale a refusé de signer mon autorisation, sans vraiment comprendre pourquoi « c’est fini ».

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Article : Tunisie/Egypte : la diplomatie des passeports verts
#halteauxpréjugés
11
9 octobre 2013

Tunisie/Egypte : la diplomatie des passeports verts

Février 2013, tout détenteur d’un passeport tunisien criait victoire à l’annonce de la fin des visas d’entrée en Égypte pour les voyageurs des pays du Maghreb. Une mesure de courte durée, semble-t-il, puisque lors de mon entrée sur le territoire en septembre 2013, mon passeport dépourvu de visa paraissait boiteux.

Cinq ans auparavant, l’innocente fraîchement débarquée à l’aéroport que j’étais – je voyais le monde arabe tel l’espace Schengen où tout passeport vert serait accepté sans broncher – avait été invitée à rejoindre son pays pour y faire une demande de visa égyptien. Les déclarations des services consulaires égyptiens en ce début d’année avaient fait renaître en moi ma naïveté passagère. Toute fière, je me pavane, passeport à la main, dans l’aéroport du Caire, dépassant les Européens obligés de faire la queue pour acheter un visa-autocollant. Sûre de moi, je dépose, sourire aux lèvres, mon passeport sur le comptoir de la police des frontières, avant de croiser le regard accusateur de mon interlocuteur.

– Où est l’autorisation [visa] ?

– Dans ton … [Ma bonne éducation m’a empêché de lui lancer une vulgarité]. Nous n’en avons plus besoin depuis février.

– Qui t’a-dit ça ?

– Il y a eu une annonce officielle des services consulaires égyptiens.

Manque de pot, une mise à jour officielle n’a pas été faite. Suite aux événements égyptiens de cet été, le gouvernement tunisien, pour montrer son opposition ou pas au pouvoir militaire, a quintuplé le prix des visas d’entrée sur le sol tunisien pour les Égyptiens. Œil pour œil, dent pour dent, l’Égypte n’a pas attendu octobre comme officiellement annoncé pour appliquer la réciprocité des visas. A l’heure où l’instabilité des deux pays ronge le secteur du tourisme, Tunisiens et Égyptiens devront payer 125 euros pour entrer sur le territoire de l’autre, alors que l’Européen déboursera environ 25 euros pour entrer en Égypte et pas un sou en Tunisie.

© Limoune
© Limoune

– Hamdoulah ‘al salama. Welcome to Egypt !

– Allah iselmek…

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Article : Bouillon de paix : rencontre avec Marie-Thérèse, directrice des projets Montessori en Egypte
Education
4
21 septembre 2013

Bouillon de paix : rencontre avec Marie-Thérèse, directrice des projets Montessori en Egypte

Mélanger éducation à la paix, travail social et pédagogie Montessori en Egypte [vidéo en arabe] et vous vous trouverez nez à nez avec l’égyptienne Marie-Thérese Bishay. A l’occasion de la journée de la paix et pour poursuivre la découverte de la pédagogie Montessori, initiée par Nora, Limoune a frappé à la porte de l’ambitieuse, souriante et positive directrice des projets Montessori du centre One World en Egypte. Entretien.

Limoune : Pouvez-vous vous présenter et nous dire comment vous avez découvert la pédagogie Montessori ?

[Marie Thérèse mentionne Margaret Richardt. D’origine américaine, elle s’installe en Egypte en 1983 pour y fonder l’école internationale de Montessori, suite à une première expérience en Egypte en 1971.]

 

Limoune : Comment la pédagogie Montessori s’est-elle introduite en Egypte ?

 

Limoune : En Tunisie, mais aussi en France, l’éducation Montessori reste un privilège pour ceux qui ont les moyens de financer une école privée, comment avez-vous fait pour réussir à monter trois écoles dans les quartiers populaires du Caire à Imbaba, au Moqattam et à Manchiet Nasr ?

 

Limoune : Comment a été accueilli le projet ?

 

Limoune : Est-ce que vous pensez que l’éducation Montessori peut transformer une société ? Pourquoi ?

 

Limoune : Quelle est la principale différence avec la pédagogie de l’éducation nationale en Egypte ?

 

Limoune : Quels sont les apports de Maria Montessori à l’éducation à la paix ?

 

Nora : Nous venons de voir quels sont les objectifs relatifs à l’éducation que doit affronter l’Egypte, quels sont les défis relatifs à la paix, auxquels l’Egypte doit faire face ?

 

Nora : Comment votre centre contribue à semer des graines de paix dans les cœurs de la population égyptienne ?

 

Nora : Croyez-vous que l’Egypte sortira de la crise ?

[El Sahaab yourid signifie « le peuple veut ». La formule la plus connue scandée lors des révolutions arabes est « el shaab yourid isqat el nidham », ce qui signifie « le peuple veut la chute du régime ».]

 

Limoune : En ces temps d’instabilité dans le pays, quel message délivrez-vous en tant qu’éducatrice Montessori aux enfants ou à leurs parents ?

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Article : « Etablir la paix durablement est le travail de l’éducation »
#halteauxpréjugés
6
31 août 2013

« Etablir la paix durablement est le travail de l’éducation »

Il est des femmes inclassables, des femmes dont l’étendue des compétences dépassent l’entendable, rendant toute présentation de la personne quelque peu périlleuse tant l’exercice serait fastidieux. C’est sous l’angle de la femme de paix que ce billet à deux plumes, à l’initiative de Nora, rend hommage à Maria Montessori,

née le 31 août 1870.  Première femme médecin en Italie en 1896, elle travaille en psychiatrie auprès d’enfants handicapés. Psychologue et pédagogue, elle crée en 1907, la première maison des enfants.

Ayant solidement établi ses théories sur la base de son expérience pratique, elle développa une véritable philosophie de l’éducation et traça des perspectives nouvelles qui, avec le temps, allaient progressivement révéler leur valeur exceptionnelle. [Avant-propos, Maria Montessori, L’éducation et la paix]

Si la pédagogie active de Maria Montessori est mondialement connue avec ses principes de base telle qu’une approche holistique, un environnement adapté, le respect du rythme de l’enfant, l’accès à l’autonomie, l’autodiscipline et l’expérimentation, sa contribution à la paix, qui lui a valu d’être nominée pour le prix Nobel de la paix, l’est moins.

Une date, un événement ! Une date, un hommage ! 31 Août 1870 – 31 Août 2013, voilà aujourd’hui 143 ans depuis sa naissance, en passant par sa mort en mai 1952, que l’univers a vu parcourir le nom ce cette grande dame, qui d’une manière exceptionnelle, a su impacter son environnement, son temps et qui a sans le savoir confié une mission à la nouvelle génération, celle de semer dans les cœurs des Hommes la Paix.

Mais en fait, que dit la philosophie de Maria Montessori ? Nora et Limoune propose ici et là une réflexion commune pour mettre en lumière la pensée de Maria Montessori en matière de paix, dont la citation «Etablir la paix durablement est le travail de l’éducation. La politique ne peut qu’éviter la guerre.» qui, parmi ses actions et ses œuvres, a retenu notre attention aboutissant à ce billet collectif.

« Politique et paix durable : une terrible illusion d’optique »

Affiche reprenant le discours politique de Bachar-al-Assad, dans une école du Kassioum, Syrie.  © Limoune
Affiche reprenant le discours politique de Bachar-al-Assad, dans une école du Kassioum, Syrie. © Limoune

Simple à la lecture, cette citation vaut bien plus qu’un simple enchaînement de mots. Profonde de part sa compréhension, cette réflexion met en évidence la cohabitation difficile entre la politique et la paix durable. Il ne s’agit pas pour Maria Montessori d’une recherche de semblant de paix, mais bien plus, d’une Paix durable, d’une Paix effective et consistante. Tâche quasi impossible au monde politique, qui dans ses différentes stratégies n’a cherché depuis toujours qu’à réduire les risques d’implosions. Tout semble à croire que les leaders politiques de par le monde, inavouement, luttent non pas pour une paix durable mais pour une paix de façade tout en entretenant les crises et les conflits de part et là.

Sinon, comment comprendre, que la crise syrienne en soit arrivée à ce stade sans que les acteurs ne soient capables de la résoudre ni de l’anticiper ? Comment comprendre que la plupart des institutions internationales d’édification de la paix, préfèrent investir plus dans la gestion et dans la transformation d’un conflit que de soutenir des actions de prévention de conflits à travers des projets d’éducation à la culture de paix et de la non violence ? Comment comprendre que la consolidation de la paix ne vienne à l’idée qu’après la consommation des dégâts ? Mais au fait, qu’est ce qui justifie une telle réalité ?

Hervé Ladsous, Secrétaire Général Adjoint des Nations Unies chargé des opérations de maintien de la paix, dans une de ses analyses dira que « (…), le maintien de la paix ne peut pas se substituer à un accord politique ».

C’est dire que la consolidation de la paix ne peut en aucun cas être assimilée à un accord politique, qui d’après les expériences peine à aboutir à cause de son caractère imprévisible dû aux intérêts cachés des différentes parties prenantes. La paix doit être avant tout une question de processus, de culture, de conscientisation, d’engagement afin d’espérer un changement réel non pas par la prise de résolutions, ni de multiples dialogues de paix mais par une action concrète de responsabilité à travers une stratégie d’éducation nationale, voir sous régionale et internationale.

Tant que les leaders politiques n’investiront pas assez, en amont pour semer des graines de paix dans les cœurs et les esprits des gens, vaine sera la préservation de cette denrée rare qu’est la paix. « Dire que « la politique ne peut qu’éviter la guerre », a été tout simplement bien dit par Maria Montessori.

« Tout se joue dans l’éducation »

Un élève dans une école syrienne, Kassioum.  © Limoune
Un élève dans une école syrienne, Kassioum. © Limoune

On ne peut correctement traiter la question de paix en se limitant au point de vue, étroit et négatif, hélas trop fréquent en politique, qui consiste à chercher comment éviter la guerre, comment résoudre les conflits entre pays sans recours à la violence. (Maria Montessori, L’éducation et la paix)

La mention « sans recours à la violence » pourrait être retirée tant l’actualité prouve que les politiques semblent faire de la violence un moyen d’atteindre la paix. Appeler « paix » le triomphe des objectifs d’une guerre est un leurre retardant notre parcours vers une paix vraie. Cette paix que nulle guerre ne pourra apporter, que nul gouvernement ne pourra imposer.

La paix ne s’impose pas. Elle se construit. Elle s’apprend. A l’échelle des rapports entre les peuples. Au sein de sa société, mais aussi au sein de son quartier, de sa famille et de sa classe. La paix, que permet la tolérance, cette « capacité à reconnaître que l’autre est à la fois semblable à moi et digne des mêmes égards, et en même temps radicalement différent et digne du même respect, se pose à l’échelle des rapports interindividuels comme à l’échelle des rapports des rapports entre les civilisations et les religions« , s’acquière dans l’éducation.

Changer la représentation du monde, bâtir la fraternité mondiale des croyances, apprendre l’interdépendance qui nous unit et la diversité qui nous enrichit, apprendre la responsabilité : tout cela se joue dans l’éducation. (Maria Montessori, L’éducation et la paix)

Une éducation qui ne doit pas se contenter d’un rôle négatif qui consisterait simplement à confisquer aux enfants les objets de guerre ou de changer la manière dont l’Histoire est enseignée. Le rôle de l’éducation n’est pas d’écarter les risques de guerre, mais de permettre à l’enfant d’analyser les événements contemporains et la structure actuelle de nos sociétés, tout en lui insufflant l’entraide et l’autonomie, au détriment de la compétition, de la récompense et de la punition.

Cette pratique et bien d’autres types de conditionnements qui conduisent à un sentiment d’infériorité, ouvrent la voie à une attitude irréfléchie de respect, presque d’idolâtrie, chez les adultes, paralysés face aux dirigeants publics […] (Maria Montessori, L’éducation et la paix)

Afin de traverser les crises contemporaines, il est urgent d’instaurer une science de la paix, entre expérience et analyse, entre réflexion et action, au cœur du corps éducatif. Mais si l’éducation devrait avoir en charge la transformation d’une société, le progrès social ne pourrait être atteint sans coopération.

 

 

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"Il est plus facile de désintégrer un atome qu'un préjugé" - Albert Einstein

Auteur·e

L'auteur: Limoune
Un citron - qui en a marre qu'on le prenne pour un "citron"- aspire à déconstruire les préjugés sur les "ananas", les "bananes", les "poires", les "marrons", les "melons" et les "ctirons". #halteauxpréjugés

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3 avril 2013
Article : Un cinéma tout aussi africain que nous
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3 décembre 2014
Article : Questions à… une Tunisienne
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29 avril 2013
Article : Back to Ben Gurion airport – On prend les mêmes et on recommence
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20 mars 2013
Article : Tunisie/Egypte : la diplomatie des passeports verts
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9 octobre 2013
Article : La Constitution ne reconnait pas la diversité des figues tunisiennes
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10 mai 2013
Article : Sri Lanka : à la recherche d’un refuge
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6 juin 2013
Article : ZooM sur Nous – Être acteur de nous-même
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19 juillet 2013
Article : Voyager, seule et libre
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28 octobre 2013
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