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Jeu des citrons
Article : Roumanie – J’ai rencontré une légende
#halteauxpréjugés
6
21 mai 2013

Roumanie – J’ai rencontré une légende

Voila bientôt quatre ans que j ‘entends parler de cette femme qui m ‘a touchée avant même de l’avoir croisée. Je ne me doutais pas encore que j’allais pouvoir la rencontrer en Roumanie en ce mois de mai et plonger ainsi entre histoires et Histoire.

©Limoune

©Limoune

Maria, c ‘est son nom. Mama mia, c ‘est celui qu’ont choisi ses petits-enfants et celui que j’ai adopté. Née en 1942, Mama mia va bientôt fêter ses 71 ans. Sa mémoire est intacte et elle va pouvoir m’en faire une démonstration. Rythmant son récit par des « a fost » (« c ‘etait » en roumain), Mama mia m’a ouvert les portes de son foyer, celle de sa cuisine, mais aussi celle de son passé. Le présent ouvre avec précision et sans erreur les tiroirs et armoires pour nous laisser plonger dans les années 50.

Une enfance marquée par la déportation

En 1951, alors âgée de 9 ans, Mama mia est déportée avec sa famille dans la plaine de Bărăgan, au sud de la Roumanie. Si « [ses] parents étaient des paysans travaillant terre et bétail », ils étaient avant tout considérés par le gouvernement communiste de Petru Groza, comme des propriétaires terriens. Leurs biens devaient donc être nationalisés. Et un système de déportation a été instauré par le décret 83 du 2 mars 1949, visant à déplacer, entre autres, les familles de propriétaires vers le sud-est du pays, peuplant ainsi cette région alors soumise à la sécheresse et aux inondations.

C’est ainsi que deux ans plus tard, Mama mia, chargée dans un wagon de marchandises, embarque vers une destination inconnue avec ses parents et les seuls biens qu’ils ont pu emmener avec eux : un porc et trois moutons. Après quelques jours de trajet, ils s’installèrent dans des champs. « Il n’y avait rien. Nous vivions dans des maisons creusées sous terre. » explique-t-elle. Puis, par leurs propres moyens, les parents de Mama mia, tout comme les autres déportés, se mirent à construire des maisons de fortune à l’aide de torchis, de chaume et de roseaux.  Mama mia vécu dans l’une de ces maisons jusqu’à l’âge de 15 ans.

Une maison de déportés dans le sud-est de la Roumanie. ©Limoune
Une maison de déportés dans le sud-est de la Roumanie. ©Limoune

Au delà du stigmate identitaire

« Dès que nous en avons eu le droit en 1956, nous sommes directement revenus dans notre village, près de Timosoara« , raconte Mama mia. « Nous n’avions rien là-bas », poursuit-elle. Si Mama mia n’est pas retournée dans la plaine de Bărăgan, elle a appris à connaître la région de Timosoara, à découvrir la Roumanie et à parcourir l’Europe aux côtés de son mari.

Ces nouveaux voyages en train qu’elle continue à faire moins aisément pour rendre visite à sa petite-fille installée à Bucarest pourraient peut-être lui faire oublier les wagons à marchandises. Mais son récit mémoriel, lui, n’a pas été effacé. Désormais, accompagné par d’autres, ce témoignage fait partie de tout un récit de vie que Mama mia dévoile avec plaisir et amour.

Les photos de maisons en torchis sont alors recouvertes par celles d’un voyage pour lequel Mama mia a dû prendre l’avion pour l’unique fois de sa vie. Amman, Jerash et Pétra sont les décors des retrouvailles de Mama mia avec la famille d’un ami jordanien, connu il y a trente ans à Timosoara, alors qu’il y était étudiant avec sa fille.

La compensation de l’État, par le moyen d’une pension, se voulait suffisante. Le parcours de réparation qu’a pris le risque d’emprunter Mama mia, semé de reconnaissance et de richesses humaines, était bien plus courageux.

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Article : Liebster Award : personne n’y échappe
#halteauxpréjugés
26
14 mai 2013

Liebster Award : personne n’y échappe

Manque de bol, j’ai été nominée. Manque de pot, je vais devoir me confier. Il semble que personne ne puisse y échapper. Sinath, Pascaline, Rendodjo et Salma m’ont nominée au Liebster Award. Un concours destiné à faire connaître et découvrir les blogs que l’on aime. Son chiffre d’or : le 11.

Après avoir cité le ou les blogs de celles qui m’ont nominée, je vais devoir dévoiler 11 faits me concernant, répondre aux 11 questions des blogueuses qui m’ont nominée et proposer 11 questions auxquelles devront répondre mes 11 nominés, parmi lesquels ne devront pas figurer les blogueurs qui m’ont nominée.

le chiffre 11
©Limoune

Les dés sont lancés. C’est à moi de jouer.

1. Je suis une optimiste dont l’ennemi est l’espoir.

2. Me rendre compte que le monde est un pañuelo aussi petit qu’un mouchoir reste mon petit bonheur.

3. J’aime les boîtes dans lesquelles on peut ranger des objets et des idées, mais pas celles avec lesquelles on classe les individus.

4. Si quelqu’un m’avait un jour dit que je deviendrai blogueuse, je lui aurai pouffé au visage.

5. Je suis une ludophile. Oui, je suis l’ami du jeu. Du plus futile au plus engagé, en passant par le stratégique. Et comme toute joueuse qui se respecte, je n’aime ni tricheurs, ni tricheuses.

6. Paysanne refoulée, j’ai fait des champs de mes grands-parents mon terrain de jeu préféré. Lors des récoltes, figues, raisins, amandes et olives me procurent un bien-être inégalé.

7. J’aime la mloukhiya. Egyptienne, palestinienne et surtout tunisienne ! Je déteste les préjugés des Algériens non initiés à l’égard de ce plat, qui est l’incarnation même de la patience. Cinq heures de cuisson en moyenne à feu doux.

8. Je suis une Old School. J’écoute Fayrouz, Hedi Jouini, Mercedes Sosa, Victor Jara, Tracy Chapman et Cat Stevens.

9. Je prends mes photos avec un argentique sur une pellicule Noir et Blanc et j’éprouve un plaisir fou à les développer en chambre noire.

10. Je ne me soigne plus avec des médicaments mais avec des huiles. Ma grand-mère aurait été fière de moi.

11. Plus jeune, j’ai bloqué ma sœur dans une valise en jouant à cache-cache. J’ai cassé ses dents en jouant au volley avec un trousseau de clés. Mais ça, tout le monde s’en fout.

Place aux questions de Sinath, Pascaline, Rendodjo et Salma

Après l’exercice libre, je n’ai pu m’empêcher d’ajouter mes propres règles en mixant les questions de ces dames, faisant ainsi honneur à chacune des mondobloggueuses qui m’ont nominée. C’est de la triche, je sais. Liebster Award n’est pas un jeu, vous le savez.

Dites-nous quelque chose sur vous que personne ne sait. Je suis mon unique confidente.

Que pensez-vous de l’aventure Mondoblog ? Waww ! Une incroyable communauté aux personnalités, aux humours, aux discours, aux intérêts et aux goûts culinaires variés qui s’est constituée et qui perdure au-delà des frontières.

Quelle est la plus importante chose que vous aimeriez faire dans votre vie ? Partir jusqu’à la Mecque avec un âne.

Qu’est ce qui vous en empêche ou comment pourriez-vous y parvenir ? Je ne peux me rendre seule en Arabie Saoudite. Ses actuels propriétaires ont restreint l’entrée aux femmes non accompagnées par un mohram (généralement le mari, le père ou le frère) à l’âge de 45 ans au minimum. Le deuxième obstacle est l’obtention d’un visa pour mon futur âne (F.A.) dans chacun des pays traversés. Les vaccins en bataille règleront les questions de visa, mais, pour ce qui est de mon cas, à moins d’attendre mes quarante-cinq ans, j’ai plusieurs options. Convaincre mon père de me comprendre. Convaincre mon frère de me suivre. Ou bien trouver un éleveur d’ânes. Le convaincre de m’épouser. Le convaincre de me comprendre. Le convaincre de me suivre. Pfff !

Et si vous devriez être un animal, lequel seriez-vous ? Un âne, bien sûr !

Blogger rime-t-il toujours avec journalisme citoyen ? Oui. Tu ne la vois pas la rime ? J’ai mis du temps à comprendre ce qu’était le journalisme citoyen, avant de me rendre compte que c’est ce font beaucoup d’entre nous avec leurs blogs.

Présentez-vous ainsi que votre blog  ? Je suis Limoune. Un peu schizophrène.  Un jour tendre, un jour acide. Mon blog Jeu des citrons est à mon image : un défouloir dans le foutoir (c’était le nom de ancien blog). Avec une ligne blogoriale, que j’essaie de respecter. #halteauxpréjugés.

Quel est le défaut de votre corps que vous n’aimez pas ? Les pieds. C’est le défaut du corps de toute personne. Un pied, c’est moche !

Où voulez-vous que se déroule la saison 3 de Mondoblog et pourquoi ? En Tunisie, pour avoir l’opportunité de vous accueillir, tous !

Comment m’avez-vous connu et que pensez-vous de moi ? [Question de Salma] Un soir, derrière un ordinateur d’une salle informatique dans une auberge sénégalaise, j’ai aperçu ton regard accusateur. 36h plus tard, le sourire détendu, j’ai appris à t’aimer

Désormais pouvez-vous vous passer de Mondoblog ?pourquoi ? Là est le problème ! En dépit de mes efforts pour avoir une utilisation modérée et maîtrisée du réseau des réseaux, depuis Dakar, Mondoblog me fait perdre tout discernement. Je suis devenue une mondoblogueuse compulsive. Mais, je me soigne.

Inversons les rôles

Quel message voudrais-tu passer aux Tunisiens ?

Que veux dire pour toi la solidarité ?

Et le sens de l’engagement ?

Jusqu’à quel point pourrais-tu défendre tes idées ?

Blogguer sans internet, c’est possible ?

Es-tu assis(e) sur une chaise ?

As-tu un balcon ?

Dis-moi ce qu’il y a dans ton frigo.

Portes-tu des boucles d’oreilles ?

Tes chaussettes sont plutôt blanches ou noires ?

Honnêtement, ce questionnaire t’a-t-il blasé ?

La relève

Berlinoir, nominé dans la catégorie « De l’humour entre les lignes »

Faty, nominée dans la catégorie « Miroir, miroir »

Josiane, nominée dans la catégorie « Engagement et délicatesse »

Bouba, nominé dans la catégorie « Raï et diplomatie »

Aurore, nominé dans la catégorie « Douceur et palabres »

Z, nominé dans la catégorie « Les Simpsons en Tunisie »

Nathalie Setara, nominée dans la catégorie « Soon together in Kaboul »

Olfa Riahi, nominée dans la catégorie « Investigation et Tunisie »

We are all Palestinians, nominée dans la catégorie « Paix et solidarité »

Benjamin Wiacek, nominé dans la catégorie « Ma voix au Yémen »

Christine Delphy, nomimée dans la catégorie « Féminisme sans racisme »

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Article : La Constitution ne reconnait pas la diversité des figues tunisiennes
#halteauxpréjugés
11
10 mai 2013

La Constitution ne reconnait pas la diversité des figues tunisiennes

Racisme. Rejet de l’Autre. Discriminations. Pour une fois, du côté de chez moi, le sujet a pas mal été relayé. Alors, face à la question commune  « Qu’est-ce-qui peut désunir une diversité ? » proposée par Danielle aux mondobloggueurs, Limoune –  ليمون s’intéresse à son assiette de figues tunisiennes.

Ces jours-ci, à ma grande joie, médias et twittosphère tunisienne ont su se faire le relais de discriminations ciblées et de revendications minorées. Le 1er mai, lors de la fête internationale du travail, les Noirs tunisiens scandaient « Tunisie libre, racisme dehors » […]

Manifestation contre le racisme anti-Noirs devant l’Assemblée constituante #Tunisie (vidéo) radioexpressfm.com/regarder/la-co… @radioexpressfm

— Inès Bel Aïba (@InesBelAiba) 1 mai 2013

[…] pendant que les Berbères s’affichaient au cœur de la manifestation des travailleurs et des diplomés-chomeurs avec le drapeau Amazigh […]

Drapeau amazigh parmi les manifestants du 1er mai devant l’Assemblée au Bardo #Tunisie facebook.com/photo.php?fbid…

— Ines Fezzani (@TunisianAmazigh) 2 mai 2013

[…] et que les premières figues pointaient leurs nez dans le champ de mon grand-père paternel. Les bourjassottes noires montraient enfin leurs formes violettes tandis que les blanches, en général plus précoces, affichaient déjà leur couleur verte en avril.

A partir de la mi-juillet, au petit déjeuner, bourjassottes noires et blanches rempliront mon assiette. Et, elles la rempliront inégalement. Chaque été, les figues vertes dominent mon assiette.

©Limoune
©Limoune

C’est d’ailleurs l’argument récupéré par ceux qui délaissent la violette. Par ceux qui lui préfèrent la verte, la « normale » , la dominante qui impose sa norme. Par ceux qui se rabattront sur la flasque, la molle, puis la métisse et parfois même la violette quand toutes les vertes auront trouvé leur place dans l’estomac des membres du foyer.

La Constitution ne me représente pas

La Constitution, son brouillon, ne mentionnera pas la bourjassotte noire, ni la berbérophone, ni tout autre figue minorée. Son brouillon vous dira qu’il ne se préoccupe pas non plus de la bourjassotte blanche, la « normale », la dominante,  parce qu’il n’est question, vous dira-t-il, que de figues ! Les bourjassottes minoritaires sont des figues comme les autres. Il n’y a pas de discrimination entre les figues.

Les bourjassotes minortaires ont raison de s’inquiéter. Après la révolution, elles ont enfin pu se constituer en association et revendiquer leur besoin d’exister, d’être protégées. Mais cette même révolution a vu tolérance et modération s’étouffer.

La religion de la Tunisie est l’Islam et sa langue arabe. Certes ! Nier les autres composantes de la Tunisie, c’est leur refuser reconnaissance, droits et protection. Certes !

 

 

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Article : Questions à… une Tunisienne
#halteauxpréjugés
15
29 avril 2013

Questions à… une Tunisienne

Il m’est très difficile de représenter ma bourgade outre-Méditerranée. Mais, à Dakar, en l’absence de chéchiya sur pied ou de gosier éduqué aux piments broyés, le choix ne m’a pas été laissé. Légitimité non assumée, c’est face aux mondobloggueurs que j’ai dû affirmer ma partialité.

Name : Mohamed Amine AbbassiDescription : Description:Tunisia is a woman, and every woman of the land is Tunisia à Jendouba
Name : Mohamed Amine Abbassi
Description: Tunisia is a woman, and every woman of the land is Tunisia
à Jendouba – Tunisie

Si « la Tunisie est une femme et que toutes les femmes du pays sont la Tunisie », comme l’affirme Mohamed Amine Abassi, photographe amateur tunisien [que je vous invite à soutenir],  Limoune – ليمون accepte de se prêter au jeu des questions-réponses dont elle en présente ci-dessous le Top 3.

3. Qu’est-ce-que vous avez gagné ?

Probablement la question la plus récurrente. De manière brute ou détournée, Stephane, Gaïus, Danielle et d’autres s’interrogent sur la révolution fantasmée et ses lendemains diabolisés.

Sur place, j’ai répondu : la peur enterrée, la liberté de s’exprimer, la liberté de se rassembler et l’appropriation de l’espace public.

Mais, je n’ai pas livré l’avis de Smaïl : la censure a été remplacée par la menace.

Ni celui de Naceur : la liberté a été trahie par le chaos.

2. Blédarde ou beurette ?

Après m’avoir souvent provoquée avec ses questions pro-nahdaouies, Boubakar, l’étudiant malien maghrebophile, algéranophile, et raïophile, s’attaque à mon statut en France. Cette question m’a plu, car pour une fois, elle n’impliquait que moi. Mais, si pour être beurette, il me faut être née en France, la dénomination « blédarde » s’applique à moi, par défaut !

1. Et la Tunisie, comment ça va ?

Posée par le presqu’engagé William, autour du petit déjeuner, au premier jour de la formation #MondoblogDakar, la question la plus simple est définitivement la lauréate de ce classement. Je ne sais pas si je mettrais ça sur le coup du réveil matinal, mais, aussi inattendue que spontanée, ma réponse fut :  » Euh, ça dépend sur le plan gouvernemental ou celui de la société civile ».

« Commençons par le départ, la santé ! », me répondit William.

Le roi Mohammed VI, place de l'Indépendance.©Limoune
Le roi Mohammed VI, place de l’Indépendance.
©Limoune

 Mention spéciale : « Tu es belle comme lui. »

Je ne pouvais boucler ce classement sans accorder une mention spéciale  au chauffeur du mini-bus. Alors que nous arrivions Place de l’Indépendance, le roi du Maroc, Mohammed VI – affectueusement appelé M6 par d’autres – s’imposa à nous. Le chauffeur me lança alors : « Ah comme toi ! »

« Euh, non, il est marocain« , répondis-je. Et, sa réponse, révélant une répartie sans mesure, fut un des compliments à écrire dans l’Histoire du monde, l’Histoire du Maroc, dans l’histoire de Limoune : « Tu es belle comme lui. »

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Article : La Poste : « on n’a pas idée de ce qui se passe derrière le guichet »
#halteauxpréjugés
6
23 avril 2013

La Poste : « on n’a pas idée de ce qui se passe derrière le guichet »

Fin mars 2013, la Poste dédommageait une de ses employés en CDD pendant 22 ans. Si certains postiers ont obtenu gain de cause en portant plainte, d’autres restent à l’écart. Louisette raconte ses quinze années à la Poste.

« Ca ressemble à une fourmilière », c’est la première phrase que prononce Louisette pour briser la glace. Dans la salle de restauration, les femmes discutent par groupe. Leurs voix cohabitent, s’accumulent, s’entrechoquent. L’air grave et attristée, le sourire franc et fatigué, Louisette, les bras croisés, reste en retrait. Elle se frotte les yeux avant de dessiner des gestes lents et précis pour exprimer son exaspération.

Son visage n’est pas ridé. Seules quelques mèches blanches et des yeux creusés que révèlent des joues gonflées trahissent son âge avancé. Louisette, à la retraite depuis cinq ans, est incommodée par le bruit. « Je travaillais dans une salle pendant quinze ans, où on n’entendait que le bruit des claviers toute la journée. », explique-t-elle.
Laissant derrière elle Pointe-à-Pitre, sa ville natale, Louisette arrive en métropole, et décroche du boulot à la Poste. Après l’accueil, les virements à traiter, Louisette est chargée de l’encaissement des chèques. « Débit – Crédit, débit et crédit », récite-t-elle mécaniquement.

©Limoune
©Limoune

« Les gens parlent des fonctionnaires mais ils ne savent pas. Il faut avoir vécu la situation pour pouvoir la juger. » Par heure : 400 chèques à traiter. Derrière : une journée à assurer. Seule une pause de trois minutes toutes les heures viendront reposer les yeux esquintés. Et, il faut recommencer. Les poignets sont de nouveau légèrement apposés sur le bord du bureau permettant aux doigts de rapidement s’agiter sur les touches du clavier.  Le canal carpien, le nerf meridian et les vertèbres lombales n’ont eu que quelques minutes de repos qu’ils doivent de nouveau garantir la tenue de Louisette, qui si elle veut profiter de sa prochaine récré, doit toutes les heures, faire afficher 400 – au minimum – sur le compteur de son ordinateur. Et son dos n’a pas intérêt à flancher, sa santé n’a pas intérêt à claquer car les congés maladies fermeront la porte aux éventuelles promotions et aux possibilités d’évolution. « On critique les fonctionnaires. Mais on n’a pas idée de ce qui se passe derrière le guichet. »

« La grande pause, c’est le midi. On avait de 20 à 30 minutes ». La pause déjeuner ne laisse pas aux ouvrières et ouvriers administratifs le temps de discuter. De s’organiser. Ni même de s’écouter. Sa santé, Louisette a cessé de s’en préoccuper. Son corps, elle a continué d’ignorer. C’est seulement après avoir quitté ses bureaux aliénants que Louisette devient attentive à ces maux. « Je ne me rendais pas compte avant », se confie-t-elle. La chirurgie s’impose. Son poignet droit a été opéré. Après une convalescence prolongée, l’arthrose digitale s’y est ajoutée et l’agilité de sa main droite s’en trouve déstabilisée. Louisette proteste. « La Poste ne reconnaît pas le syndrome carpien comme maladie professionnelle« .

«Une maladie est professionnelle si elle est la conséquence directe de l’exposition d’un travailleur à un rythme physique, chimique, biologique, ou résulte des conditions dans lesquelles il exerce son activité professionnelle.»
Art. L461-1 à L461-8 du Code de la Sécurité Sociale

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Article : Mes 5 commandements Creative Commons
#halteauxpréjugés
4
17 avril 2013

Mes 5 commandements Creative Commons

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Article : Sénégal : Dis-moi quel âge a ton manuel, je te dirai pourquoi
Education
4
13 avril 2013

Sénégal : Dis-moi quel âge a ton manuel, je te dirai pourquoi

Dakar. 2013. Le pays a tourné le dos à l’éducation coloniale. Les programmes de l’Education nationale ont été africanisés. Mais l’idéologie postcoloniale n’a pas quitté les manuels scolaires sénégalais.

Les manuels français dominant le marché.©Limoune
Les manuels français dominant le marché.
©Limoune

A même le sol, sur un stand de livres face au lycée technique Seydou Nourou Tall, quelques manuels scolaires sénégalais mènent un combat contre une pile française. Timides, les rares autochtones ne représentent à peine tous les niveaux. Si le primaire ne compte qu’un disparu, le secondaire pourrait être disqualifié avec ses quatre absents. Fière et imposante, la pile néo-colonisatrice, elle, se distingue, se tenant à une cinquantaine de centimètres du sol. Ridés et épuisés, les manuels sénégalais s’écaillent et s’effritent pendant que leurs confrères français font dorer leurs teints métissés : les couvertures vertes, bleues, blanches et rouges font un bain de soleil.

Ton manuel va sur ses cinquante ans

« Le Sénégal ne dispose pas de manuels conformes aux programmes », explique Abdoul Sow, historien et maître de conférences à la faculté des sciences et technologies de l’éducation et de la formation (FASTEF) de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar. Membre contributeur de la commission de l’élaboration des  programmes d’histoire-géographie, il représente le Sénégal à la commission de l’Unesco pour la réécriture des manuels scolaires d’histoire en Afrique. Leur projet : didactiser le savoir savant présenté par des historiens africains dans les huit tomes de l’Histoire générale de l’Afrique en savoir scolaire.

L’élaboration de cette Histoire africaine est lancée aux lendemains des indépendances. « C’est dans le cadre de cette « Françafrique », construite principalement à partir d’une Afrique subsaharienne francophone préalablement « balkanisée », que fut négocié le devenir de l’enseignement des Africains encore ombilicalement lié à la France. » [Ibrahima Seck, Esclavage et traite des esclaves dans les manuels de l’enseignement secondaire du Sénégal : des programmes de domestication coloniale aux programmes dits d’enracinement et d’ouverture, Historiens géographes du Sénégal, n°8, septembre 2009, page71]. Et, c’est en 1965 que les nouveaux programmes visant à réformer l’enseignement colonial de l’Histoire sont adoptés.

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« Ce sont des manuels non actualisés », Abdoulrahmane Ngaide
©Limoune

Mais « dès 1966, les éditeurs français, notamment Nathan et Hatier, se ruèrent sur ce nouveau marché et publièrent les premiers manuels consacrés aux programmes africains. » [I. Seck]. Les collections de manuels, produits par le centre africain de recherche et d’action pédagogique (Carap) et l’Institut pédagogique africain et malgache (Ipam), entre les mains de certains élèves sénégalais datent de la même année. Depuis, les réformes du programme scolaire sénégalais se sont enchaînés, mais les manuels, eux, ont perduré. « Ce sont de vieux manuels non actualisés. », confirme Abdoulrahmane Ngaide, historien, maître-assistant au département d’histoire de l’Ucad.

Qui détient le pouvoir détient le stylo qui écrit l’Histoire

« Nous avons, pendant quelques années, eu un programme issu de la colonisation. C’est cet enseignement que j’ai suivi  au début des années 60 », affirme Mor Ndao, historien et professeur d’Histoire à l’Ucad. Avant d’enseigner à l’université, il a eu, face à lui, pendant une vingtaine d’années, des élèves du primaire et du secondaire. L’enseignement alors réformé par les historiens africains, il insiste, comme le préconise le programme national, sur « la traite negrière, l’exploitation coloniale et surtout le rôle et l’impact des résistants africains pendant la conquête ». Finie ! la glorification du rôle de la France civilisatrice qui a pallié au vide africain et qui a pacifié le terrain.

Mor Ndao déplore néanmoins l’idéologie post-coloniale : «il faut dépasser l’histoire de l’Etat nation d’Hegel amené par la colonisation ».  Une idéologie qu’il n’est pas aisé d’éliminer de nos modes de pensée puisqu’il a permis de construire une nation au lendemain de la colonisation. « Les chefs politiques ont eu besoin de s’appuyer sur leurs héros, cette nouvelle élite en place était en quête de légitimité et elle s’est appuyée sur une histoire nationale dans laquelle les populations doivent se reconnaître. », souligne Mor Ndao.

L’Histoire est un enjeu pour le pouvoir en place. « Le dominateur veut imposer son idéologie au niveau de l’histoire qui précède sa domination. », reprend Abdoulrahmane Ngaide avant de conclure : « L’idéologie est un filtre, il faut apprendre à nous essorer. Nous absorber d’une idéologie qui ne soit pas issue de l’étranger. » Se défaire d’un système colonial dont nous sommes héritiers, tel semble être le défi sénégalais, tunisiens et affiliés.

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Article : « Raconte-moi Dakar » – chez Ibrahim
Parcours de migrants
7
9 avril 2013

« Raconte-moi Dakar » – chez Ibrahim

Le temps d’une semaine, Limoune – ليمون accompagne Madigbe Bintou Kaba, blogueur guinéen, vivant au Maroc, dans les rues de Dakar pour son reportage sur la ville. Son choix : parler de la ville à travers le portrait de ses habitants. Première rencontre ce lundi 8 avril, au plateau, « chez Ibrahim ».

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©Limoune

Sourire franc, allure décontractée, Salama n’est pas le propriétaire des lieux. Il est le père d’Ibrahim qui tient cette boutique de tissus venus de Turquie, du Golfe et de Chine. Salama n’est ni turque, ni chinois. Il est dakarois. C’est son cœur qui le lui dit. Né au Liban, Salama arrive en 1933 à Dakar à l’âge d’un an. « Nous sommes arrivés lors de la colonisation française. », annonce-t-il en sirotant son café.

Depuis la colonisation pendant laquelle Salama voulait rejoindre l’armée, son engagement politique s’est estompé. « On vote, on se sent sénégalais, on fait notre devoir, mais on ne rentre pas dans la politique, ni moi, ni mes enfants. »

Salama a aujourd’hui 80 ans. Ses enfants se sont mariés et vivent à Dakar. Il a vu le Plateau se transformer, il a vu les commerçants y remplacer les tailleurs, et il a vu les rues changer de noms. Fier de présenter la rue AbdouKarim Bourgi et la rue du Liban, Salama rappelle qu’il ne terminera pas sa retraite au Liban. « Le Liban, c’est pour les vacances. Si je pars, je vais rester seul. A Dakar, il y a ma famille et les amis que l’on s’est fait. »

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Article : « Si tu ne comprends pas l’arabe, rentre dans ton pays »
#halteauxpréjugés
21
3 avril 2013

« Si tu ne comprends pas l’arabe, rentre dans ton pays »

Derrière un regard fixe et sévère, Julius témoigne des discriminations dont il continue à être victime dans son quotidien d’étudiant africain sub-saharien en Tunisie. Rencontre avec Julius, étudiant camerounais à Tunis, qui préfère parler en anglais, de peur de voir son témoignage altéré. Une expérience humaine, que l’on ne peut contredire, qui vaut par et pour elle-même. Propos rapportés – sans immixtion  – par Limoune – ليمون.

« A l’université , on ne s’assoit pas à côté de moi. » – Julius
©Limoune

« Quand je salue les gens – Salem a^leykom – on me pose la question « Es -tu Africain ? », Je répond « Oui ». Arrive alors la deuxième question « Es -tu musulman », de la réponse à cette question dépendra la poursuite ou non de la conversation. »

« J’habite à Ariana [Banlieue nord de Tunis] et maintenant, on organise nos sorties dans nos propres restaurants sinon le propriétaire met du parfum avant que l’on entre du fait que les Noirs sentiraient mauvais. Parfois, on fait des repas dans l’appartement, les voisins appellent la police qui vient contrôler nos papiers et vérifier que nous sommes en séjour régulier. Mais ce n’est pas tout puisqu’ils [les policiers] se permettent de voler. Une de nos amies, qui a reçu de l’argent de ses proches aux Etats-Unis pour se faire soigner, a été volée. »

« A Sfax, nous sommes allées avec un réseau de migrants faire une sensibilisation auprès des jeunes sur les droits du migrant. Quand j’étais sur l’estrade, j’ai entendu des chants racistes, et certains criaient « kahlouch [noir] kahlouch », je me suis senti mal. »

« Dans notre immeuble, il y avait un message écrit en arabe, j’ai demandé à un voisin de me le traduire et il m’a répondu « Si tu ne comprends pas l’arabe, rentre dans ton pays ». […] Ma plainte est aussi refusée, si elle n’est pas faite en arabe. »

« On n’est pas traité comme des humains parce qu’on est subsaharien. »

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"Il est plus facile de désintégrer un atome qu'un préjugé" - Albert Einstein

Auteur·e

L'auteur: Limoune
Un citron - qui en a marre qu'on le prenne pour un "citron"- aspire à déconstruire les préjugés sur les "ananas", les "bananes", les "poires", les "marrons", les "melons" et les "ctirons". #halteauxpréjugés

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