Activiste d’une flottille à une autre

La dernière fois que je l’ai vue, c’était en décembre 2008, lors de la Marche pour Gaza. Munie de ma rage et de ma fragilité, je faisais la rencontre de Laura Arau sur la route reliant la ville d’el Arish à Rafah. Depuis, cette activiste catalane, sa caméra et son anglais hésitant ont grimpé à bord du navire Mavi Marmara en 2010, puis du voilier Estelle en 2012.

Laura Arau  ©Limoune

Laura Arau. C Limoune

Aujourd’hui, elle s’active dans l’organisation d’une nouvelle flottille qui tentera de rompre au printemps prochain le blocus de la bande de Gaza. Un blocus dont bon nombre d’États sont complices, tant européens qu’arabes.

C’est pourquoi la Flottille de la Liberté se veut être une initiative de la société civile. « Ça n’empêche pas d’avoir des contacts auxquels on peut faire appel lors d’une arrestation par exemple, mais la Flottille est détachée de tout gouvernement », explique l’activiste pro-palestinienne, qui en est à sa deuxième arrestation par Israël.

Brutalement attaqué par la marine israélienne, le Mavi Marmara a connu une fin tragique avec la mort de dix militants turcs, dont neuf sur le bateau. « Ce sont les Turcs qui protégeaient le satellite qui ont été les plus touchés, il y a eu aussi beaucoup de blessés, beaucoup de sang, on ne pouvait pas distinguer qui était mort et qui était encore vivant. » se souvient Laura, avant de poursuivre : « On s’est aussi fait dérober tout notre matériel, les bateaux ont été confisqués, le satellite […] et personnellement j’ai perdu environ 20 000 euros, entre la caméra, les téléphones, l’ordinateur… d’autres sur le bateau ont préféré jeter à l’eau leur matériel avec leurs données personnelles. »

Arrêtée et expulsée par Israël comme les 700 autres militants, Laura n’en est pas démotivée pour autant, et de la simple passagère qu’elle était, elle devient partie prenante de l’organisation de l’expédition du bateau espagnol Guernica en 2011 qui restera bloqué en Crête, puis du voilier Estelle en 2012 arraisonné par l’armée israélienne en eaux internationales. Chargée de la communication et dénonçant le blocus imposé par Israël sur les eaux qui s’ajoute au blocus terrestre et aérien sur la bande de Gaza, elle a mené, en 2011 et en 2012 une campagne de sensibilisation à travers la plateforme Rumbo a Gaza et des fonds inattendus ont été débloqués.

Mais depuis 2012, les financements sont plus difficiles à obtenir et même si les activistes ne reçoivent aucune compensation financière pour la mission de la Flottille de la Liberté, les fonds restent peu élevés pour la campagne de 2015. Laura ne baisse pas les bras, estimant que ce budget est représentatif de la situation économique de l’Europe, sans oublier de noter avec un ton nostalgique que la mobilisation palestinienne en Europe est de moins en moins active en dehors des événements tragiques tels que l’attaque de Gaza l’été dernier. Une situation qu’elle explique par la crise interne que vivent de grandes organisations de solidarité avec le peuple palestinien, de même que la crise politique en Cisjordanie et la montée de la corruption et enfin par la présence des luttes locales, telle que celle contre l’austérité en Espagne.

Il n’en reste pas moins sûr que la médiatisation de la nouvelle flottille sera elle aussi moindre que celle de 2010. Et si le Mavi Marmara est apparu sur nos écrans en 2010, ce n’est que parce que le sang y a coulé, et les images ont bien été choisies. « En 2010, avant de partir d’Espagne, en tant que journaliste, j’ai appelé les médias espagnols pour leur donner la fréquence du satellite du bateau afin qu’ils puissent récupérer les images, mais aucun n’en a voulu » affirme Laura Arau. Elle poursuit : « Et, même lors de la tragédie, les médias internationaux ont pour la plupart utilisé les images de l’armée israélienne, prises depuis l’un des trois hélicoptères qui nous ont attaqués  » 

Suivez l’actualité de la nouvelle flottille de la liberté sur le site de la coalition internationale.

 

 

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Limoune
Un citron - qui en a marre qu'on le prenne pour un "citron"- aspire à déconstruire les préjugés sur les "ananas", les "bananes", les "poires", les "marrons", les "melons" et les "ctirons". #halteauxpréjugés

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