Naufrage tunisien : en quête de vérité

En Méditerranée, un drame en suit un autre. Au lendemain du naufrage du 6 septembre 2012, la Tunisie se réveillait avec la disparition de près de 80 citoyens dans la mer Méditerranée qui la relie à l’Europe. Plus de deux ans après ce drame, la mère d’un disparu attend la vérité de la part du gouvernement.

Mère d'un des disparus en Méditerranée lors du naufrage du 6 septembre 2012

Mère d’un des disparus en Méditerranée lors du naufrage du 6 septembre 2012. ©Limoune

« Je suis fatiguée et malade depuis la disparition de mon fils », raconte cette mère qui n’a plus de nouvelle de son fils depuis le 5 septembre 2012, avant qu’il ne prenne la route vers Lampedusa à bord d’une embarcation d’environ 130 personnes.

Son fils, âgé de 27 ans, était un travailleur sans histoire, qui vivait à ses côtés dans la ville de Sfax. Devant l’impossibilité d’obtenir un visa et de voyager par voie légale vers l’Europe, il quitte le domicile la nuit du 5 septembre 2012 pour prendre la direction de l’île de Lampedusa à bord d’une embarcation clandestine. « Mon fils ne peut pas disparaître », répète sans cesse cette mère désemparée.

« Nous voulons un soutien et la vérité », exige-t-elle. Ayman El Ajroudi, survivant dudit naufrage est l’une des rares personnes à lui avoir apporté une vérité, mais elle refuse de l’accepter et préfère s’attacher à l’attente sans fin d’une réponse gouvernementale.

Ayman El Ajroudi, survivant

Ayman El Ajroudi, survivant du naufrage du 6 septembre 2012.  ©Limoune

Ayman El Ajroudi, survivant du naufrage du 6 septembre 2012. ©Limoune

J’ai choisi le chemin des haragas comme tous les jeunes Tunisiens handicapés par le système. J’ai assisté à la catastrophe de 2012. Nous étions 135 personnes à avoir choisi le chemin de la mer. Il y a eu une panne, une personne a appelé le 112 des forces maritimes. Ils nous ont répondu qu’ils allaient venir dans dix minutes pour nous chercher. Puis, nous les avons rappelés et ils nous ont donné la même réponse. Plus tard, un zodiac avec le drapeau italien est venu. Après nous avoir vus, il a pris un chemin derrière le rocher vers Lampedusa. Peut-être voulait-il vérifier la véracité de notre appel. L’appel a été enregistré normalement. Nous étions contents de les voir, mais nous n’avions pas compris pourquoi ils repartaient. Chaque jour l’un de nous se demande pourquoi ils ne nous ont pas sauvés. Ce qui s’est passé, c’est du terrorisme. Après trente minutes, ils sont revenus, nous étions sûrs que cette fois, ils nous avaient vus, mais ils sont repartis. Finalement, nous sommes restés onze heures en mer, il y a des gens qui ont réussi à atteindre des rochers. Après onze heures d’attente, le sauvetage a commencé, il n’y avait plus que 56 personnes. On a été conduits au centre de Lampedusa et ils nous ont accusés d’avoir amené des gens illégalement à Lampedusa. Ils ont inventé une histoire et dit qu’il y avait eu une bagarre entre les passagers et le passeur. Nous avons tous été pris en photo, puis envoyés dans une autre ville. Après trois jours de tragédie, un représentant tunisien est venu. Lui aussi nous a photographiés, je suis sûr qu’il a eu une transaction. Et de nouveau, nous avons été déplacés.

Ayman estime que c’est trop difficile pour une mère d’accepter la mort de son fils sans corps. La disparition semble alors plus rassurante. Ni le gouvernement tunisien, ni le gouvernement italien n’ont livré de réponse claire à la question : que s’est-il passé le  6 septembre 2012 ? Une plainte a été déposée en Italie à cause des 78 personnes non sauvées en mer, mais le dossier a été clôturé. Environ 1 500 haragas tunisiens ont été déclarés disparus en Méditerranée.

 

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Limoune
Un citron - qui en a marre qu'on le prenne pour un "citron"- aspire à déconstruire les préjugés sur les "ananas", les "bananes", les "poires", les "marrons", les "melons" et les "ctirons". #halteauxpréjugés

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