Impardonnable anniversaire

Ceux qui gardent l’espoir d’une révolution en marche se font rares, et le nombre de personnes scandant encore « Révolution jusqu’à la victoire » s’est réduit le jour où Shaïmaa al-Sabbagh a été ciblée par trois balles policières sur la place Tahrir alors qu’elle s’apprêtait à y déposer une fleur en hommage aux martyrs de la révolution du 25 janvier 2011.

Hommage à Shaimaa al Sabbagh. Tunis. ©Limoune

Hommage à Shaimaa al Sabbagh. Tunis. ©Limoune

Samedi 24 janvier, la révolution était sur le point de fêter sa quatrième année, son fils venait d’atteindre sa cinquième et Shaïmaa dont, le corps agonisant était jusque-là retenu par son mari, s’écroula sur le trottoir. Il semblerait désormais risqué de reprendre le refrain « Pain, liberté, justice sociale », autrefois hurlé sur la place Tahrir, mais toujours sans écho dans le quotidien de milliers d’Égyptiens.

Dimanche 25 janvier, la place Tahrir est quadrillée de barrières, de barbelés, de policiers, de militaires, de tanks et de fourgons. Le quatrième anniversaire de la révolution ne sera pas célébré. En revanche, sept jours de deuil sont décrétés à l’annonce du décès du roi d’Arabie saoudite, Abdallah Abdelaziz. Cherchez l’erreur ! Mais la mort de Shaïmaa, membre de la coalition populaire socialiste a ému plus qu’elle n’a effrayé et dans les rues du Caire, plusieurs manifestations sont organisées pour lui rendre un dernier hommage. A la suite de ces rassemblements, le bilan est lourd :  24 manifestants tués lors d’affrontements avec les forces de l’ordre.

« Tant que le sang arabe n'aura pas de valeur, qu'importe le président, qu'il tombe » ©Limoune

« Tant que le sang arabe n’aura pas de valeur, qu’importe le président, qu’il tombe » © Limoune

Jeudi 29 janvier, la Tunisie prend le relais et face à l’ambassade d’Égypte à Tunis, une cinquantaine de citoyens, dont certains ont connu la militante socialiste égyptienne, manifestent avec rage et amour, leur tristesse et leur soutien à une Égypte dont le nombre de martyrs – 800 en 2011 – ne cesse d’augmenter. Les Tunisiens scandent à leur tour en égyptien « Pain, liberté, justice sociale » avant de répéter avec véhémence « Tant que le sang arabe n’aura pas de valeur, peut importe le président, qu’il tombe ».

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Limoune
Un citron - qui en a marre qu'on le prenne pour un "citron"- aspire à déconstruire les préjugés sur les "ananas", les "bananes", les "poires", les "marrons", les "melons" et les "ctirons". #halteauxpréjugés

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