Déboires aéroportuaires libyens

Au tableau d’affichage de l’aéroport de Tunis-Carthage, Tripoli a disparu, mais deux nouvelles destinations ont fait leur apparition : Tobrouk et Labrag. « Tonton, Tobrouk, c’est en Libye, mais Labrag, c’est où ? »Une voix se fait entendre : « Labrag, c’est en Libye, je viens de là-bas. » Décryptage.

Airbus A320 de Libyan Airlines ©Wikimedia Commons

En Tunisie, nous avons fini par croire qu’il n’y avait qu’un seul aéroport libyen, celui de Tripoli, mais il semblerait qu’il y en ait d’autres, dispersés dans tout le pays. Ces terrains d’atterrissage qui bien qu’étant équipés pour les vols internationaux, ont été cantonnés au rôle d’aéroports intérieurs pendant le règne de Mouammar Kadhafi. Le départ et l’arrivée vers l’international étaient ainsi contrôlés par une seule porte de sortie.

Depuis la révolution libyenne, nous avons vu les aéroports de Sebha et de Benina côtoyer Tripoli dans les destinations de compagnies aériennes tunisiennes. Soirée du 28 décembre  2014– il est 23 h 50 – à l’aéroport de Tunis-Carthage, Tripoli, dont l’aéroport a été bombardé cet été, est tout simplement absente. Et, seule la compagnie Libyan Airlines dessert le pays, par deux villes orientales Tobrouk, au nord, à la frontière égyptienne, et Al Bayda, qui accueille l’aéroport désormais international de Labrag.

Tableau d'affichage à l'aéroport de Tunis-Carthage. ©Limoune

Tableau d’affichage à l’aéroport de Tunis-Carthage. ©Limoune

Les yeux fixés sur l’écran, je ne l’avais pas aperçu. Assis devant sa valise portant son nom, Mohammed Abdallah el Fatah était la voix qui m’avait répondue. Sur ses genoux, son fils était endormi ; sa femme, à sa droite, était assoupie sur le siège avec leur deuxième fils dans les bras.

A présent installé à nos côtés, Mohammed Abdallah el Fatah, après avoir expliqué avec calme, dérision, amour et déception la situation de sa région, revient sur les raisons de son attente sans fin devant le tableau d’affichage de l’aéroport. Leur avion a un retard, il n’arrivera que le lendemain matin. La famille passera donc la nuit dans les couloirs de l’aéroport. La compagnie libyenne, dont la flotte, cible d’attaques de milices, se composait l’an dernier de huit Airbus A320, n’en dispose plus que de deux.

« Les pilotes n’ont pas le choix, quand il y a une menace, ils ne procèdent pas au décollage et attendent. Et, quand on n’a plus que deux avions pour lier Tunis, Tobrouk, Lubrag; mais aussi parfois la Turquie et l’Egypte, les retards s’accumulent et nous n’avons plus aucun avion qui arrive à l’heure. » Mohammed Abdallah el Fatah nous montre sa carte professionnelle, il est pilote de la compagnie Libyan Airlines, et a lui aussi été victime de pression, avant de se mettre en arrêt. « Quand on est attaqué, la vie des passagers passe avant les retards de la compagnie, nous ne décollons qu’en étant sûrs d’être en sécurité », témoigne-t-il.

Nos proches, que nous venons récupérer à l’aéroport, nous appellent. Ils viennent de récupérer leurs bagages. Nous souhaitons bon courage et nous saluons avec entrain Mohammed qui reprend place auprès des siens. « On avait un Kadhafi, mais depuis qu’il est tombé, nous en avons découvert une quarantaine. », lance-t-il en replaçant la tête de son fils sur ses genoux et en esquissant un dernier sourire.

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Limoune
Un citron - qui en a marre qu'on le prenne pour un "citron"- aspire à déconstruire les préjugés sur les "ananas", les "bananes", les "poires", les "marrons", les "melons" et les "ctirons". #halteauxpréjugés

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