Tunisie/Egypte : la diplomatie des passeports verts

Février 2013, tout détenteur d’un passeport tunisien criait victoire à l’annonce de la fin des visas d’entrée en Égypte pour les voyageurs des pays du Maghreb. Une mesure de courte durée, semble-t-il, puisque lors de mon entrée sur le territoire en septembre 2013, mon passeport dépourvu de visa paraissait boiteux.

Cinq ans auparavant, l’innocente fraîchement débarquée à l’aéroport que j’étais – je voyais le monde arabe tel l’espace Schengen où tout passeport vert serait accepté sans broncher – avait été invitée à rejoindre son pays pour y faire une demande de visa égyptien. Les déclarations des services consulaires égyptiens en ce début d’année avaient fait renaître en moi ma naïveté passagère. Toute fière, je me pavane, passeport à la main, dans l’aéroport du Caire, dépassant les Européens obligés de faire la queue pour acheter un visa-autocollant. Sûre de moi, je dépose, sourire aux lèvres, mon passeport sur le comptoir de la police des frontières, avant de croiser le regard accusateur de mon interlocuteur.

– Où est l’autorisation [visa] ?

– Dans ton [Ma bonne éducation m’a empêché de lui lancer une vulgarité]. Nous n’en avons plus besoin depuis février.

– Qui t’a-dit ça ?

– Il y a eu une annonce officielle des services consulaires égyptiens.

Manque de pot, une mise à jour officielle n’a pas été faite. Suite aux événements égyptiens de cet été, le gouvernement tunisien, pour montrer son opposition ou pas au pouvoir militaire, a quintuplé le prix des visas d’entrée sur le sol tunisien pour les Égyptiens. Œil pour œil, dent pour dent, l’Égypte n’a pas attendu octobre comme officiellement annoncé pour appliquer la réciprocité des visas. A l’heure où l’instabilité des deux pays ronge le secteur du tourisme, Tunisiens et Égyptiens devront payer 125 euros pour entrer sur le territoire de l’autre, alors que l’Européen déboursera environ 25 euros pour entrer en Égypte et pas un sou en Tunisie.

© Limoune

© Limoune

Hamdoulah ‘al salama. Welcome to Egypt !

Allah iselmek…

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Limoune
Un citron - qui en a marre qu'on le prenne pour un "citron"- aspire à déconstruire les préjugés sur les "ananas", les "bananes", les "poires", les "marrons", les "melons" et les "ctirons". #halteauxpréjugés

11 Commentaires

  1. l’éternel probleme des visas, quoi de plus inhumain… une logique dépassée au regard d’un monde globalisé où tout le monde se déclare humaniste mais en pratique?
    Dans quelques mois, je devrai encore passer par ce type de démarche. Remarque que j’ai eu ma dose y a pas trop longtemps

  2. Décidément, il se passe toujours quelque chose dans les aéroports. Cette problématique n’est pas drôle (loin de là), mais j’avoue que je n’ai pu m’empêcher de rire en lisant ton billet, en imaginant ta tête lors de cet épisode. Plus sérieusement, espérons que cette histoire de visa ultracher ne durera pas…

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