Roumanie : J’ai loupé ma migration

Quand j’ai annoncé à des amis d’amis que je partais en Roumanie, la réponse à laquelle j’ai eu droit ressemblait à ça : « T’as rien à faire ! ». Je ne connaissais pas plus qu’eux ce pays. Mais, c’est justement pour ça que je m’y rendais avec l’espoir de pouvoir les convaincre à mon retour qu’eux aussi aurait des choses à y faire, dont la principale serait d’enterrer leurs préjugés.

© Limoune

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De retour, le feedback que j’ai à leur proposer n’est autre qu’une frustration. Non pas la frustration de ne pas avoir trouvé de piles, comme quelqu’un dont on taira le nom, l’avait naïvement supposé. Ni celle de rester bouche bée face à des boîtes françaises délocalisés dans des bâtiments désamiantés. Mais plutôt la frustration d’avoir loupé ma migration. Ce n’est pas en France que j’aurai dû migrer.

En ces temps de dérèglement climatique qui m’obligent à porter une doudoune à quelques jours du mois de juin, même les oiseaux migrateurs auraient rebroussés chemin à l’approche de Paris pour trouver refuge du côté de Timosoara. J’aurai dû suivre l’exemple de l’un de ces oiseaux et différent aurait été mon présent.

Les vêtements d'hiver et le téléphone d'une paysanne déposés pour pouvoir moudre son maïs dans le moulin public. © Limoune

Même à la campagne, les Roumaines déposent leurs vêtements d’hiver. A l’entrée d’un moulin public. © Limoune

Ce pays aurait fait de moi une contorsionniste de renom. Jonglant avec les langues, dévoilant mes talents de souplesse entre la Serbie et la Hongrie, je maîtriserais avec brio l’art de l’adaptation. Mes amis auraient été serbes, allemands, polonais, rroms, améniens, tunisiens, irakiens… Même si mes voisins ne sont pas pour la majorité européens, je comprendrais le sens du mot « Europe ».

Je passerais mes week-ends à Chile Nerei aux côtés de paysans roumains qui ont su conserver une agriculture traditionnelle, une architecture et des tenues vestimentaires qui diffèrent d’un village à un autre.

Je me permettrais d’aller au théâtre et même à l’Opéra. Sans bouille aristo, ni chignon haut, mon modeste portefeuille et mon style claquette pourront m’offrir les joies de ces activités populaires.

Je ne penserais pas que les Roumains nettoient tous des pare-brises. Que la Roumanie ressemble à un immense hangar désaffecté. Je n’aurais pas de préjugés sur la Roumanie. Sur les Roumains. Et peu sur les Rroms.

Last but not least, j’aurais coupé le cordon ombilical qui me relie au colonisateur de mes grands-parents. Mais, à ce qu’on dit, on ne refait pas le monde avec des si.

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Limoune
Un citron - qui en a marre qu'on le prenne pour un "citron"- aspire à déconstruire les préjugés sur les "ananas", les "bananes", les "poires", les "marrons", les "melons" et les "ctirons". #halteauxpréjugés

8 Commentaires

  1. Bel article encore. Finalement, tous les préjugés contre les roumains sont similaires à ce qui se dit sur l’Afrique. C’est avec les banalités que le racisme est plus éfficaces, n’est-ce pas?
    Comment lutter contre cela?

    1. Bonjour, bienvenue à vous et merci pour la p’tite visite. Par « colonisateur de mes grands-parents », je voulais parler de la France, qui quelques soient l’hétérogénéité des avis de ses habitants, a été et restera celle qui colonisa mes aieux. A bientôt

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