« Si tu ne comprends pas l’arabe, rentre dans ton pays »

Derrière un regard fixe et sévère, Julius témoigne des discriminations dont il continue à être victime dans son quotidien d’étudiant africain sub-saharien en Tunisie. Rencontre avec Julius, étudiant camerounais à Tunis, qui préfère parler en anglais, de peur de voir son témoignage altéré. Une expérience humaine, que l’on ne peut contredire, qui vaut par et pour elle-même. Propos rapportés – sans immixtion  – par Limoune – ليمون.

« A l’université , on ne s’assoit pas à côté de moi. » – Julius
©Limoune

« Quand je salue les gens – Salem a^leykom – on me pose la question « Es -tu Africain ? », Je répond « Oui ». Arrive alors la deuxième question « Es -tu musulman », de la réponse à cette question dépendra la poursuite ou non de la conversation. »

« J’habite à Ariana [Banlieue nord de Tunis] et maintenant, on organise nos sorties dans nos propres restaurants sinon le propriétaire met du parfum avant que l’on entre du fait que les Noirs sentiraient mauvais. Parfois, on fait des repas dans l’appartement, les voisins appellent la police qui vient contrôler nos papiers et vérifier que nous sommes en séjour régulier. Mais ce n’est pas tout puisqu’ils [les policiers] se permettent de voler. Une de nos amies, qui a reçu de l’argent de ses proches aux Etats-Unis pour se faire soigner, a été volée. »

« A Sfax, nous sommes allées avec un réseau de migrants faire une sensibilisation auprès des jeunes sur les droits du migrant. Quand j’étais sur l’estrade, j’ai entendu des chants racistes, et certains criaient « kahlouch [noir] kahlouch », je me suis senti mal. »

« Dans notre immeuble, il y avait un message écrit en arabe, j’ai demandé à un voisin de me le traduire et il m’a répondu « Si tu ne comprends pas l’arabe, rentre dans ton pays ». […] Ma plainte est aussi refusée, si elle n’est pas faite en arabe. »

« On n’est pas traité comme des humains parce qu’on est subsaharien. »

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Limoune
Un citron - qui en a marre qu'on le prenne pour un "citron"- aspire à déconstruire les préjugés sur les "ananas", les "bananes", les "poires", les "marrons", les "melons" et les "ctirons". #halteauxpréjugés

21 Commentaires

  1. C’est vraiment triste. Je suis sidéré. Pourtant je suis déjà allé en Tunisie et je n’y ai rien vécu de semblable. Personne ne m’a demandé si j’étais musulman. Peut-être Julius a-t-il droit à un traitement beaucoup moins favorable à cause de sa couleur de peau plus sombre.

    1. On ne voit pas la même chose quand on est de passage, le temps d’un voyage touristique ou amical, et quand on y habite. Tout le monde n’a pas la même expérience que Julius en Tunisie, et heureusement. Mais des associations étudiantes étrangères essaient de regrouper les discriminations, et malheureusement Julius n’est pas le seul.

  2. incroyable, mais c’est vrai. Ce type de violence existe partout sous d’autres formes. Au Brésil il a le fameux « Brasil, ame-o ou deixe-o » cad, « le Brésil soit tu l’aime, soit tu le laisse ». cette phrase est d’une violence, mais énorme. c’est un peu le cas non…

    1. Ah ça ressemble à « la France tu l’aimes ou tu la quittes » de l’ère Sarkozy. En Tunisie, ce n’est pas forcément quelque chose qui vient du haut, c’est un racisme populaire qu’il faudrait déconstruire. Encore une fois, c’est mon avis.

  3. Définitivement, le monde va mal. Le billet de Serge BRESIL, SOIT TU L’AIMES OU TU LE QUITTES, m’a conduit ici. Et c’est vraiment incceptable de vivre comme réalité. Mais, garde encore le courage, la fin de cette merde n’est pas trop loin. Moi aussi, en tant qu’immigrant haitien, je vis une situation stressante en République Dominicaine. Je te laisse ce lien pour en faire une idée: http://lautrehaiti.mondoblog.org/2012/11/11/le-prix-detre-etudiant-haitien-en-republique-dominicaine/

    1. Je vais de ce pas découvrir ce récit. Merci pour ton commentaire Osman. Le monde va mal. Le racisme n’est pas vraiment conscientisé en Tunisie, ce qui laisse place à des situations absurdes.

  4. C est vraiment triste cette situation des etudiants africains et noirs a l etranger.Tout ce que je peux dire c est courage a tt ceux coe moi qui vivent a l exterieur et st discrimés par le fait d avoir la peau noir. L experience est grande et nous permet de murir malgré tt ce qu on encaisse. Désolée pour ceux qui n apprennent pas ou qui ne veulent pas vivre avec ceux qui sont«  differents d eux `´

  5. ça me rappelle un peu les témoignages des étudiants ouest-africains de l’Université Senghor (université francophone) à Alexandrie. Mais à Marseille aussi, on entends parfois parler des « kahlouch »…

    1. Ca craint ! Je ne savais pas qu’il y avait une université francophone à Alexandrie. Et pour le « kahlouch », on l’entend dans tout endroit où il y a des maghrébins, tout comme on entend le mot « noir » dans tout endroit où il y a des français… quoi que trop lui ont préféré « black » comme pour se protéger.

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