La Tunisie sous silence – novembre 2007

Le 7 novembre dernier, le président Ben Ali célébrait ses vingt ans au pouvoir de la Tunisie. Focus sur une dictature non avouée : une société peu considérée et un peuple constamment traqué.

Djerba, Hammamet, Kairouan. La Tunisie, un concentré idéal pour vacances optimales : plages exotiques, ruines édifiantes, désert de solitude… Et pourtant, il suffit de retirer les colliers de jasmin au jeune homme en costume blanc, la « cuisine du soleil » aux mères tunisiennes, le narguilé aux innocents qui parlent du beau temps pour entrevoir un peuple muselé qui rêve de s’exprimer sans difficulté. Qui rêve d’une terre où pousseraient droit, dignité et liberté. Mais, la réalité estompe le songe et les rares voix résistantes sont rapidement écartées par un État policier. La carte postale tunisienne, façade habile de clichés, savant mélange de tradition et de modernité, en prend un coup.

Des esclaves muets

« La politique surtout en Tunisie, faut pas s’en occuper. Si t’es journaliste pour un média tunisien, tu fais comme ils font, tu applaudis. Sinon faut laisser tomber. Tu vas te mêler d’une affaire, tu t’en sors plus. Tu vas te salir pour lui. » Impossible donc, de parler politique avec des Tunisiens, et des deux côtés de la Méditerranée, ils se sentent en permanence observés. « Ils sont partout ces pourris. » Désemparée, une Tunisienne s’exprime : « Je ne pense rien de Ben Ali, je ne le connais même pas, alors pourquoi penser ? », pour finalement se confier : « Bourguiba ou Ben Ali, c’est le même système. Il n’y a pas de liberté. C’est simple, si tu veux être arrêté, présentes-toi comme opposant au gouvernement ». Le peuple attend toujours les élections pluralistes promises à l’aube du 7 novembre 1987. Peuple fatigué de découvrir, sur leurs téléviseurs, les mêmes chiffres au lendemain des scrutins présidentiels : 99.27 %, 99.91 %, 99.44 %, 94.48 %. « La seule opposition autorisée en Tunisie, elle est amadouée.  Je ne pense pas qu’elle ait des chances face à Ben Ali, alors que les opposants qui ont réellement du poids, on les retrouve soit en prison soit exilé à l’étranger. », commente-t-elle.Les Tunisiens ne sont donc pas dupes. La machine « Ben Ali » de propagande est à bout de souffle, ce qui explique que sa machine policière fonctionne désormais à plein régime. Quadrillage policier du pays renforcé. Guerre contre les sites subversifs et les comptes e-mail ennemis officialisée… Utilisée comme instrument politique, la peur permet au président d’asseoir son pouvoir.

Résignés à ne plus s’exprimer, les Tunisiens ont préféré se positionner en esclaves muets.  Continueront à crier en silence. Garderont cependant à l’esprit que « penser fort reste prohibé ». Feront tout ce qui est exigé pour pouvoir vivre en paix. Continueront à afficher des portraits dans leur foyer. A applaudir. Pour ne pas assister à l’écroulement de ce pays en lutte contre l’islamisme, aux acquis économiques et sociaux consolidés, au nom d’un seul mot : Démocratie. 

Limoune –  ليمون

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Limoune
Un citron - qui en a marre qu'on le prenne pour un "citron"- aspire à déconstruire les préjugés sur les "ananas", les "bananes", les "poires", les "marrons", les "melons" et les "ctirons". #halteauxpréjugés

2 réflexions sur “La Tunisie sous silence – novembre 2007

  1. Le 8 novembre dernier, mon président, Paul Biya, fêtait ses 30 ans au pouvoir. J’ai promené comme toi, mes oreilles dans le plus grand carrefour de ma ville, Douala, le carrefour Ndokoti. Et là, nos problèmes étaient identiques aux vôtres. Il n’y a pas d’opposition, encore moins de partage du pouvoir. Et, la population est oppressée. Avec une chanson intérieure au refrain: DEMOCRATIE, DEMOCRATIE, DEMOCRATIE…

    • C’est un long chemin, qui, même quand la chanson au refrain DEMOCRATIE DEMOCRATIE DEMOCRATIE peut être chantée à haute voix, n’est pas terminé. Bon courage à toi, à Douala et au Cameroun.

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