Pas de téléphone arabe ce soir

Inutile de revenir sur les EDRDJ (Explication Des Règles Du Jeu) du jeu que nous connaissons tous, arbitrairement nommé dans son appellation française : le téléphone arabe. (Les Arabes lui ont préféré le nom de التليفون المكسور – téléphone cassé, tout comme les Espagnols, les Grecs, les Russes…)

Mais rappelons que le but – communiquer une information sans la déformer – est rarement respecté. Doutes et représentations – dont les Arabes ne sont pas seuls détenteurs – viennent entacher la compréhension et a fortiori la transmission du message.

M., retraité marocain, nous livre son témoignage sur son arrivée en région parisienne en 1964, alors que la France fait appel à la main d’œuvre étrangère en provenance de ses anciennes colonies. Faisant confiance au bouche-à-oreille sans intermédiaire, M. s’est confié à Limoune – ليمون, qui tâchera de ne pas s’ingérer dans son discours. La stratégie des phrases simples et courtes a été reprise par M. pour que son message ne soit pas brouillé.

« Je suis arrivée en France il y a quarante-huit ans. Je suis venu avec un contrat depuis Tetouan. A l’époque, la France voulait des maçons. J’ai donné mon nom. On a pris le bateau. Chez moi, ils nous avaient dit  » il y a quelqu’un qui va vous attendre dans chaque gare« . On avait tous le nom de notre société. Moi, ma société était dans la banlieue parisienne. Je suis arrivé à la gare d’Austerlitz. Il y avait quelqu’un avec un carton. Je ne sais pas lire. Mais, j‘ai reconnu le nom de la société. Ils nous ont emmené dans un foyer à Rosny. On était huit dans une petite chambre. Il y avait quatre lits superposés. Le lendemain, ils sont venus. Et, on a travaillé. Je suis resté dix ans avec le même patron. J’ai changé deux fois de foyer. Ma femme était au Maroc. Elle a eu une fille. Mais, elle ne pouvait pas venir dans le foyer. Après dix ans, j’ai un logement. Elle est venue. »

« C’est difficile aujourd’hui de trouver du travail. Avant, je vais dans une entreprise. Je dis « Il est où le patron ». Je dis « Je suis maçon ». Et ils ont besoin. Ils me gardent. Même avant les patrons, ils venaient dans les entreprises nous donner du travail. Parfois, à la gare, ils viennent demander. Et même dans les foyers, ils viennent nous chercher. »

« J’ai travaillé pendant trente huit ans. Après, j’ai eu des problèmes de dos et d’épaule à cause du travail. Le médecin du travail m’a dit d’arrêter. J’ai été un chômage et après c’est la retraite. Mais je ne sais pas maintenant si on peut. Si mes enfants, ils vont avoir ça. Même si le travail est difficile, c’est la crise. La retraite c’est dur, il faut continuer à travailler. »

Rapporté par Limoune – ليمون

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Limoune
Un citron - qui en a marre qu'on le prenne pour un "citron"- aspire à déconstruire les préjugés sur les "ananas", les "bananes", les "poires", les "marrons", les "melons" et les "ctirons". #halteauxpréjugés

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